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Depuis quelques semaines, je travaille principalement sur la loi de modernisation agricole. J’estime en effet que c’est tout simplement le devoir d’un député du Lot-et-Garonne de le faire compte-tenu de notre réalité socio-économique Lot-et-Garonnaise. Je le fais d’ailleurs naturellement et avec passion. Je suis fils d’arboriculteur et j’ai moi-même fait tourner tant bien que mal l’exploitation agricole familiale pendant une dizaine d’années. Les fruits et légumes, pour moi, ce n’est pas un banal dossier sectoriel de plus….c’est la mémoire de mes parents et de mon adolescence, ce sont mes amis, mes « frères » qui font aujourd’hui ce beau métier en vallée de Garonne et je me suis juré de porter leur voix dans l’Hémicycle à l’occasion de ce débat.
Pour être honnête, j’y vais avec moins d’innocence et d’illusion que lors des débats de mon premier mandat de député lors des travaux sur la loi de développement des territoires ruraux (2005) et la loi d’orientation agricole (2006). Jeune député, avec mon collègue Daniel Soulage, nous avions bagarré comme des fous pour inscrire le coefficient multiplicateur dans la loi et nous y étions arrivés …sauf qu’il n’a jamais été appliqué depuis. Je me fais donc moins d’illusion quant à la possibilité de percées significatives à court-terme, le rapport des forces entre l’exécutif et le législatif étant ce qu’il est. Reste….que rien n’arrête le débat d’idées et que ces travaux parlementaires sont une opportunité majeure pour faire avancer nos convictions agricoles.
Chaque député arrive sur ce texte avec un rapport beaucoup plus charnel que sur la plupart des textes sur les quels nous travaillons. J’y arrive avec dans la tête, ma petite patrie de l’Agenais et de l’Albret, mon parcours personnel……et avec la détresse des pomiculteurs de la vallée de la Garonne. La vallée de Garonne, ce n’est pas n’importe quel terroir de France, c’est des jardins les plus fertiles de France et les arboriculteurs de ce pays sont « des bons » qui travaillent, investissent, innovent……et malgré tous ces atouts, l’hiver dernier, les pommes leur ont été payées vrac verger 0,2€ le kg et ont été vendues à Agen en plein bassin de production 2 € du kg. Voilà, tout est dit…..Après, on peut faire tous les beaux discours sur le fait qu’il ne faut pas opposer les uns avec les autres, que les paysans ont besoin de commerçants, tout cela est bel et bien bon….Mais nous ne sommes pas au monde des « bisounours ». Je persiste et signe : ce partage de la valeur ajoutée est un scandale. Ce système est pourri et à bout de souffle. Il faut donc le « foutre en l’air » et en imaginer un autre,vite…..A Paris, on ne sent pas la colère et le désespoir qui monte de nos territoires ruraux. On ne me croit pas à Paris lorsque je dis qu’il y a, maintenant, de la haine chez nos paysans envers nos technocrates "bobos" et ceux de la grande distrib……et pourtant…
Alors, cette loi qu’ya t-il dedans et que faut-il en penser ? D’abord que c’est une loi sérieuse portée par un ministre sérieux, Bruno Lemaire, ….et ce n’est déjà pas si mal. Il y a même du bon dans cette loi. Le lancement d’un plan National d’alimentation qui stimulera notamment toutes les autorités compétentes en restauration scolaire et universitaire pour manger sain est une bonne nouvelle pour nos agriculteurs. La promotion du contrat entre nos agriculteurs et leurs clients, même si elle soulève sur le terrain des tonnes de scepticisme, va clairement dans la bonne direction, de même que l’incitation au regroupement des organisations de producteurs et le rôle accru donné aux interprofessions. Enfin, la mise en place d’une véritable assurance-récolte, couvrant tous les risques climatiques y compris ceux non assurables aujourd’hui comme le gel, le vent, les problèmes sanitaires est sans doute une vraie réforme structurelle et positive pour cette profession si exposée, même si le caractère facultatif de celle-ci handicapera sans doute longtemps sa montée en puissance.
Mais, pourquoi cacher notre déception quant à la modestie de cette réforme par rapport à l’ampleur de la crise qui secoue le monde agricole français. Ce dispositif est une barque pour beau temps alors qu’il aurait fallu un navire de gros temps …… Et puis, franchement, encore une fois , la grande distribution s’en sort bien, trop bien alors qu’elle est directement responsable de ce partage de la valeur ajoutée très franco-français qui écrase nos arboriculteurs et nos maraîchers. Vous me direz que ce n’est en rien spécifique à ce secteur…..et vous vous tromperez. Il ya bien une spécificité fruits et légumes, un des seuls secteurs où le face à face entre agriculteurs et distribution est direct, sans intermédiaire industriel, déséquilibré (300 offreurs pour 5 acheteurs), aboutissant à une marge nette scandaleuse des distributeurs sur ce secteur d’environ 30 %. Et, pour couronner le tout, nos paysans subissent dans ce secteur un handicap de compétitivité terrible avec leurs compétiteurs intra-européens. Ils doivent composer avec un taux horaire de 9,3€/h (après la suppression des charges patronales sur le travail saisonnier qu’il faut saluer) alors que leurs concurrents hollandais, allemands, italiens bénéficient de 6 à 7 €/h comme coût horaire.
Et pour tout dire, je suis très sceptique sur les accords de l’Elysée quant aux modérations de marge. Tous les distributeurs vont les signer ne serait ce que pour échapper à la taxe prévue pour les rebelles….et après ? j’ai bien peur que ce dispositif finisse comme le coefficient multiplicateur. Nous verrons bien. Alors que faire ? Se battre pour deux objectifs simples : • D’abord obtenir l’exonération des charges patronales sur le travail permanent dans ce secteur pour le mettre à armes égales avec ses concurrents européens. Comment payer, en ces temps de déficits publics abyssaux ? La réponse est simple. La grande distribution doit payer. L’aval qui vit grassement sur les fruits et légumes doit payer pour l’amont. • Ensuite, faire monter en puissance l’assurance climatique le plus vite possible en la rendant obligatoire et en la faisant financer partiellement à nouveau par la grande distribution. L’outil fiscal existe. Il s’appelle la TASCOM qui alimente le FISAC , fonds d’aide aux artisans et aux commerçants.
Cela sera la ligne directrice de mon combat législatif lorsque la LMA viendra devant l’Assemblée Nationale. La LMA ne sera pas la loi de résistance à la crise qu’attendait le monde agricole. La grande distribution s’en sort bien,….. trop bien. Pour l’instant…. @mitiés,
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